lerenard lerenard
jeudi 23 novembre 2017 | Connexion
×

Avertissement

JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 397

Entretien: La vraie raison du refus des banques de financer l’activité économique réelle dans notre pays

Dans un précédent article, Kandioura décrit en détail les stratagèmes développés par les banques pour ne pas prêter la liquidité qu’elles génèrent chez nous à l’activité économique réelle dans notre pays. Dans cet entretien, il nous en donne les raisons profondes.

Pourquoi donc toutes ces restrictions autour du prêt?

En réalité, nos banques ont mis toutes ces restrictions autour du prêt parce qu’elles ont découvert un moyen moins risqué et donc facile de faire de l’argent: la spéculation boursière. C’est pour bénéficier à fond de cette véritable manne céleste que la BICIM (BNP Paribas) a décidé récemment de renoncer aux comptes particuliers pour se consacrer aux entreprises, entendez par là les multinationales comme Orange, Malitel, le PMU Mali, CFAO Motors, Canal+, les compagnies d’assurance et toutes ces entreprises généralement commerciales ou de service opérant au Mali, qui génèrent beaucoup de liquidité qu’elles ne veulent pas réinvestir dans notre pays. Quant à ECOBANK et au reste de nos banques, elles ont commencé à ériger des obstacles subtiles à l’ouverture de comptes particuliers chez elles. Les banques ont d’énormes difficultés à gérer ces comptes, qui sont pour elles plus des dépôts à vue que de l’épargne, et ne donnent donc pas assez de garantie quant au respect des délais de maturation des placements boursiers. Encore une fois cette culture du gain facile qui a pollué tous les secteurs d’activité et toute la vie dans notre pays. Mais ce choix des banques n’est pas durable: leur activité principale étant le prêt d’argent, nos banques ont intérêt à travailler avec leurs clients locaux pour créer en eux la culture et même le reflexe du remboursement du prêt, comme ont su le faire les banques ailleurs dans le monde.

Vous dites que nos banques font de la spéculation boursière avec la liquidité générée dans notre pays. Comment expliquez-vous alors qu’elles aient été totalement épargnées par la crise boursière de 2007 et la crise financière globale subséquente de 2008 que vous venez de mentionner?

 Ce que vous dites est la version officielle, et elle est totalement invraisemblable. L’empressement des auteurs de cette version à nous la livrer la rend même plus suspecte et plus incroyable. Quelques jours pour ne pas dire quelques heures seulement après l’éclatement de la crise, nos grands manitous de la finance se sont empressés de nous rassurer que tout se passait très bien dans le meilleur des mondes pour nos banques. Cela nous paraît encore une fois suspect et totalement invraisemblable. Ce qui est plus proche de la vérité, c’est que nos banques, comme toutes les institutions financières du monde, étaient exposées et ont essuyé des pertes parfois énormes. Mais reconnaître cela revenait à reconnaître que nos banques font de la spéculation boursière avec notre épargne qu’on croyait en sécurité dans leurs coffres ou investie dans des activités économiques plus saines dans nos pays. Le scandale qu’aurait provoqué cette découverte aurait pu priver les auteurs de la combine juteuse en cours de la véritable manne céleste que constitue l’argent frais apporté régulièrement par notre banque centrale à leur économie permanemment au bord de l’asphyxie. La décision a donc été prise au niveau politique dans ces pays de prendre pour eux les pertes subies par nos banques, car cela leur revenait moins cher que de risquer de tuer leur poule africaine aux œufs d’or.

Comment, à votre avis, notre pays pourrait-il se sortir de cette véritable escroquerie?

 En adoptant par exemple des textes qui obligent nos banques à investir dans le contexte actuel, autour de 95% de la liquidité qu’elles génèrent chez nous dans la création d’une véritable économie dans notre pays. Autrement, si la BNP Paribas réussit dans sa nouvelle politique qui ne vise qu’à mieux structurer et à rationaliser le détournement de notre épargne nationale de son objectif premier, à savoir l’investissement dans la création d’une économie réelle dans notre pays, vers la spéculation boursière dans les pays dits riches, il y’a de fortes chances qu’elle sera imitée par les autres banques de la place. Il ne restera alors plus de liquidité du tout dans notre pays, et l’embryon d’activité réellement économique risquera fort de disparaître. Notre pays n’aura plus dès lors qu’à vivre de l’aide internationale. Le détournement de notre épargne nationale et maintenant de toute la liquidité générée par l’activité commerciale et les services dans notre pays est le vrai prix que nous payons pour bénéficier de l’aide au développement. D’où l’appel insistant du Président français Emmanuel Macron pour une augmentation de l’aide, sans laquelle le système s’essoufflera très rapidement. Mais quelle aide au développement? L’Allemagne vient de promettre lors du dernier G20 400 million d’euros pour aider nos pays à lutter contre la corruption. Cependant, les objectifs de cette lutte sont tellement imprécis, ses contours tellement flous que cet argent finira inévitablement par alimenter la corruption chez nous et en Allemagne. Voilà à quoi sert réellement l’aide au développement. Il est donc existentiel pour nous de reprendre le contrôle de notre argent pour faire chez nous ce que les autres refusent de faire: investir notre épargne nationale dans la création d’activités économiques réelles dans notre pays. Il s’agit là d’une question critique, existentielle et ne pas y répondre avec lucidité et courage, c’est condamner notre pays au statut de mendiant international qu’on lui a collé depuis toujours.

Propos recueillis par KANTAO Drissa du Confident

About Author

International

La voix du renard

Chronique